Trente-cinq chandelles
pour éclairer la langue française !

< dimanche 10 juillet 2011 >
Chronique

En dépit des apparences, l'auteur de ces lignes n'est pas marié qu'à l'orthographe. Il y a trente-cinq ans jour pour jour, il s'est passé la corde au cou. Depuis lors — vieux réflexe de grammairien, qui toujours préférera la règle à l'exception — il est resté suspendu... à celui de sa moitié. L'occasion ou jamais de remercier l'intéressée, devant le million et demi de témoins que vous êtes, d'avoir bien voulu cohabiter avec cette maîtresse ô combien possessive qu'est la langue française.

Pour autant, il ne sera pas dit qu'à l'instar d'un Domenech déclarant sa flamme au sortir d'une finale perdue nous aurons pris un média en otage pour adresser un message personnel : cahier des charges nous avons, cahier des charges nous entendons bien respecter ! Commençons donc par rappeler qu'un anniversaire, quel qu'il soit, se fête ou se célèbre, mais ne se commémore pas (c'est l'événement lui-même que l'on commémore) ; qu'au contraire de son homologue d'outre-Manche, le mariage français ne prend qu'un « r » (moyen mnémotechnique : il y a souvent de l'orage dedans) ; et que dans la tendre idylle qui est censée y mener, le « i » est suivi d'un « y ». Moyen mnémotechnique plus idiot que le précédent, si c'est possible : c'est comme dans oaristys, qui signifie la même chose... mais se trouve-t-il encore quelqu'un dans les chaumières pour parler d'oaristys ?

Plus compliqué. Si celui qui convole en justes noces ne doute pas un instant que ce ne soit pour avoir une femme tout(e) à lui, comment l'écrire dans le contrat de mariage ? Le « e », qui fait de tout un adjectif, garantit passion et don de soi, ce qui est bien le moins dans une telle union des cœurs et des corps ! Avec le temps, comme aurait dit l'autre, il se pourrait en revanche que le bougre signât pour avoir une femme — c'est Columbo qui avait raison, épouse fait affreusement bourgeois — qui fût simplement tout à lui, entendez à sa disposition pour lui apporter charentaises, Voix du Nord et plateau-repas. C'est que, dans une langue aussi subtile que la nôtre, il suffit qu'un « e » manque à l'appel pour que les amoureux transis se muent en pantouflards machos...

Étymologie, à présent. Comme le budget de votre serviteur (à moins, évidemment, que cette chronique ne lui vaille, comme à nos sénateurs, une prime exceptionnelle ! Monsieur le Rédacteur en chef, si vous nous lisez...) ne l'incline pas forcément à marquer ce beau jour d'une pierre rouge — celle qui, au dire évidemment désintéressé des bijoutiers, est appelée à symboliser ces trente-cinq années de vie commune —, il espère qu'il suffira à sa belle d'apprendre que ce rubis que d'aucuns lui auraient payé sur l'ongle était, jadis, la goutte de vin qu'on y laissait couler avant de la laper. Une façon comme une autre, prétend-on, de sceller un marché, en prouvant du même coup à son interlocuteur que l'on avait bien fait... cul sec !

Cela dit, que ces vapeurs d'alcool ne vous montent point à la tête : quand bien même le contexte y prédisposerait, on ne sera jamais vraiment à la noce avec l'orthographe française ! Quand Larousse, en effet, écrit « repas de noces », Robert — ces deux-là ne sont décidément pas près de se dire oui — préconise « repas de noce »... Fermons donc le ban et tournons-nous résolument vers des vacances qui, en attendant que sous la houlette de Luc Chatel elles se réduisent comme peau de chagrin, méritent pour quelque temps encore leur « s » ! Nous vous les souhaitons excellentes et vous donnons rendez-vous au... 11 septembre pour un autre anniversaire, infiniment moins personnel celui-là, mais aussi moins léger.