« Sain et sauf »...
et moins, si affinités !
Un ancien élève du lycée Maxence-Van-der-Meersch réfugié à Saint-Raphaël, de son propre aveu « lecteur inconditionnel » de cette chronique, se récrie contre l’usage approximatif de la locution sain et sauf.
Pour l’avoir entendue à plusieurs reprises sur l’antenne dimanche dernier, à l’occasion du spectaculaire sauvetage du pilote américain en Iran, notre homme s’interroge : est-on vraiment fondé à annoncer, comme on l’a fait, que le Yankee avait été récupéré « sain et sauf, mais blessé » ?
Reconnaissons que « vivant, mais blessé », pour paraître plus plat, eût laissé moins de place à la controverse linguistique. Que disent en effet nos frères ennemis de la lexicographie ? qu’est sain et sauf celui qui sort « indemne d’un péril » (Petit Larousse), qui est « en bon état physique, pour n’avoir subi aucun dommage après une épreuve » (Petit Robert). Voilà qui cadre plutôt mal avec le portrait du guerrier « grièvement blessé » brossé dans la foulée par un certain Donald croisé à la Maison-Blanche…
Est-ce leur surnom qui veut ça ? Nos immortels se montrent plus évasifs dans la dernière définition de leur Dictionnaire : « se dit d’une personne qui a réchappé d’un péril ». Autrement compatible avec le cas de l’aviateur en question, lequel n’a pas réchappé d’un, mais de deux périls : la mort et la capture, à peine plus enviable. L’Académie ne serait-elle pas tiraillée, comme elle le donne à penser dans son analyse étymologique, entre les deux sens de l’adjectif salvus (« bien portant, en bonne santé » en latin classique, « sauvé » en latin chrétien) ?
Pris isolément, les deux termes de la locution qui nous occupe ne se prêtent pas moins à des interprétations diverses et variées, comme on aime à dire aujourd’hui : ne peut-on être sain et blessé ? d’aucuns diront que la blessure n’est pas une maladie, d’autres brandiront le latin sanus, lequel signifiait « en bon état ». Quant à sauf, auquel songe-t-on ? Le même Trésor de la langue française propose « qui a échappé à la mort » et « intact »…
Une chose est sûre : voilà une réflexion dont nul ne sortira sain et sauf !




