« Happy Hours » : savait-on bien
que l'on avait les mêmes à la maison ?

< dimanche 14 mai 2023 >
Chronique

Qui n'a entendu parler de la Carpette anglaise, ce prix annuellement (et ironiquement) décerné au membre des élites françaises s'étant distingué par son acharnement à promouvoir l'anglais en France ?

Après Valérie Pécresse, Martine Aubry et son What would Jaurès do ?, Anne Hidalgo et son Made for Sharing, Gérald Darmanin et son identity card, c'est le chef de l'État qui, dernièrement, s'est vu couronner pour sa propension à s'exprimer hors de nos frontières en anglais, oubliant que le français, langue de la République selon l'article 2 de la Constitution, est aussi langue officielle de moult institutions internationales. Il partage ce « prix d'indignité civique » avec un certain Justin Trudeau, épinglé, lui, à titre étranger pour avoir nommé au poste de gouverneur général du Canada une anglophone... unilingue !

Que les âmes sensibles se rassurent : pour que son nom ne soit pas associé au seul dénigrement, l'Académie de la Carpette anglaise attribue dans la foulée un « Tapis rouge » à ceux qui s'attachent à défendre un français qui en a bien besoin. Et il ne s'agit pas toujours de gens en vue : ont été récemment honorés les cafés qui, à Paris, ont substitué aux trop célèbres Happy Hours la mention Heures heureuses, espérant faire des émules dans l'Hexagone.

Un exemple d'école, sur le fond comme sur la forme ! Quand ceux qui aiment à croire que les Anglo-Saxons ont tout inventé citent pêle-mêle l'US Navy, laquelle avait coutume d'appeler ainsi l'heure quotidienne de quartier libre, et la prohibition des années 20, d'autres remarquent qu'avait déjà cours en France la fameuse « heure verte » aux relents d'absinthe, qui voyait les Parisiens, à l'aube du XXe siècle, se retrouver aux mêmes heures à la terrasse des cafés…

Autre révélation : la traduction littérale n'a, pour une fois, rien à envier à l'original. Celui-ci s'enorgueillit de ses deux mots aux initiales identiques ? le français lui oppose une authentique paronomase, qui en fait se succéder deux presque semblables. D'autant plus inespéré que ces derniers n'ont, pour l'étymologie, rien de commun : le premier vient du latin hora, le second d'augurium, « présage » ! Le hasard fait bien les choses, non ?

Il ne reste plus qu'à croiser les doigts pour que l'on n'aille pas qualifier ces Heures heureuses d'« event foodie ». Non seulement ce n'est pas fait, mais cela a déjà été fait !