Quand Le Touquet et la capitale
s'accusent mutuellement de Paris-plagiat !

< dimanche 15 octobre 2006 >
Chronique

Le torchon — pardon : la serviette de bain — brûle de plus en plus entre Bertrand Delanoë et Léonce Deprez. À notre gauche, un maire de Paris qui sent bien que, pour survivre à son échec « olympique », il lui faut coûte que coûte occuper le devant de la Seine... À notre centre droit, un vieux routier de la politique régionale, qui a parfaitement compris que tenir tête à une grosse légume ne serait pas pour déplaire à une station dite (par lui) des quatre saisons... L'objet du litige ? L'étiquette Paris-Plage, que s'arrachent aujourd'hui les deux parties. Conscient que la transformation des berges de la Seine en station balnéaire n'est pas la plus mauvaise idée qu'il ait eue — reconnaissons que pour un homme de gauche soucieux d'intégrer l'héritage de Mai 68, mettre la plage sur les pavés, il fallait y penser ! —, Bertrand Delanoë entend bien disposer seul de l'appellation, qu'il aurait d'ailleurs fait déposer en 2002 à l'Institut national de la propriété industrielle. Une précision qui fait sourire le député-maire du Touquet, lequel invoque pour sa part une antériorité qui remonterait... à plus d'un siècle, soit à l'époque où la station de la Côte d'Opale a été créée par Jean-Baptiste Daloz (notre édition du 10 octobre). Et les deux camps de faire des vagues — est-ce faire montre de chauvinisme que de trouver Le Touquet, sur ce plan-là du moins, autrement armé que sa rivale ? —, voire de crier au plagiat... Un débat digne des plus beaux soirs d'Intervilles et qui en étonnera plus d'un, sauf peut-être les étymologistes, qui ont toujours su que l'inclination naturelle de la plage était de conduire audit plagiat ! Ces deux mots, en effet, sont issus de la même racine grecque plagios, « oblique ». La plage parce qu'elle désigna d'abord un rivage en pente douce dont les navires pouvaient difficilement s'approcher. Le plagiaire — à l'origine celui qui volait les esclaves d'autrui — parce que l'obliquité, surtout celle du regard, évoque presque immanquablement la fourberie ! Le fait est que, pour l'heure, on se regarde de travers et que chacun, au nom du droit de grève, brûle de hacher son contradicteur menu comme chair à... pâtés. Mais c'est à la justice qu'il reviendra, le 25 octobre, de trancher. On lui souhaite bien du plaisir. Pourvu que, pour déterminer lequel des deux sables mérite d'arborer la marque Paris-Plage, il ne soit pas nécessaire d'en appeler au garde des seaux !